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Maladies émergentes et/ou réémergentes: Grande Menace pour la RDC.

Vers la fin des années 1970, on a prédit « la fin des maladies infectieuses ». Cet optimisme résultait des récents succès obtenus en matière de la lutte contre les maladies infectieuses. En effet, le développement de l’hygiène, l’assainissement de l’environnement, l’avènement des antiinfectieux et des vaccins avaient réussi à maitriser sensiblement les maladies infectieuses. Plus intéressant, l’éradication de la variole de notre planète, grâce à l’établissement d’un programme de vaccination de masse efficace, avait renforcé ce sentiment de victoire sur les maladies infectieuses. Cependant, cet optimisme s’était très rapidement étiolé avec l’identification de nouveaux agents infectieux (Rotavirus, Ebola, VIH, Virus de l’Hépatite C, …), l’apparition de nouveaux syndromes (SIDA, SARS,…), la progression de la résistance bactérienne, et la mise en évidence du lien entre certains agents infectieux et des maladies chroniques considérées jusque là comme soit non infectieuse (Cancer gastrique causé par Helicobacter pylori), soit idiopathique (Hépatite non A et B causée par le virus de l’Hépatite C). Ainsi toutes ces maladies nouvelles ou changeantes (par leur étiologie, symptomatologie, distribution ou incidence) sont regroupées sous le terme de maladies émergentes et/ou réémergentes.

Actuellement, ces maladies constituent un véritable problème de santé publique et sont responsables de plusieurs épidémies et pandémies aux conséquences désastreuses pour l’humanité. L’actuelle pandémie du VIH/SIDA qui affecte plus de trente millions de sujets, et qui a occasionné près de 25 millions de décès depuis son apparition, en constitue un exemple éloquent. L’émergence d’une maladie et sa dissémination dans une population ou une région données résulte de la combinaison de plusieurs facteurs souvent liés ; il s’agit notamment de l’agent
infectieux (nouveau ou changeant), ou de l’hôte (état d’immunité individuelle ou collective), mais aussi des modifications de l’environnement dans lequel évoluent l’un et l’autre. La République Démocratique du Congo (RDC) a toujours connu des épidémies dans le passé, dues aux agents infectieux émergents. Cependant, depuis le début des années 1990, on assiste à une accentuation de ces phénomènes, avec la survenue de plusieurs épidémies à travers le pays (Ebola, Monkeypox, Chikungunya, Fièvre Jaune, Choléra, …). A titre d’exemple, en près de vingt années (1976-1994), une seule épidémie de Fièvre hémorragique Virale (FHV) Ebola a été enregistrée en RDC, alors qu’au moins 4 épisodes de ce fléau y sont décrits depuis 1995 ; dont les 3 derniers ont eu lieu à moins de cinq années d’intervalle. On assiste donc à une «endémisation» du phénomène aux conséquences désastreuses, lorsqu’on considère la très forte mortalité imputable à ce virus, et surtout la faiblesse de notre système de santé à détecter ces émergences à leur début. Il en est de même de Chikungunya, une arbovirose dont la première épidémie en RDC fut décrite en 1958, à Doruma en Province Orientale. A ce jour, six flambées épidémiques ont été rapportées, dont 4 documentées après 1990.

Une autre illustration de la menace que constituent les maladies émergentes en RDC est donnée par le «Monkeypox», une zoonose causée par un virus proche de la variole. Le premier cas humain de Monkeypox fut décrit en 1970 à Basankusu dans la province de l’Equateur, chez un nourrisson, deux années après l’éradication de la variole dans cette région. De par sa ressemblance clinique avec la variole, le Monkeypox a été de prime abord considéré comme une menace pour le programme d’éradication mondiale de la variole. Ainsi en 1981, un programme de surveillance active de cette maladie a été mis en place par l’OMS, notamment en RDC où plus de 90% des cas sont rapportés. Mais les résultats de ce programme avaient conclu que le Monkeypox ne constituait pas un problème de santé publique, obligeant l’OMS à arrêter ses activités de surveillance en 1986. Dix années après cet arrêt, plusieurs épidémies de Monkeypox ont été déclarées à travers notre pays, dont les plus importantes ont eu lieu au Sankuru au Kasai-Oriental, signant la réémergence de cette maladie. Des études épidémiologiques récentes menées dans cette région ont montré une incidence 20 fois plus élevée que celle prévue dans le modèle aléatoire de l’OMS, établi dans la même région vers les années 1980.

Cette situation, non seulement confirme la réémergence de Monkeypox dans cette région, mais elle illustre également son réel poids néfaste sur la population. Le milieu rural où vivent plus de la moitié des congolais semble être non seulement le point de départ, mais paraît aussi particulièrement exposé à ces maladies; en partie à cause de la proximité et de la promiscuité avec la forêt et les animaux sauvages, réservoirs de ces agents infectieux. Mais dans le contexte particulier de la RDC, il existe d’autres facteurs qui impactent de manière significative dans la survenue des émergences en contribuant comme éléments amplificateurs. Il s’agit notamment de la déforestation, du commerce de la viande de brousse, de la surpopulation, des mouvements de population, des violences sexuelles occasionnées par les conflits armés de ces quinze dernières années, …. Plus important, tous ces facteurs se combinent dans un système de santé très peu organisé pour pouvoir prévenir ces émergences par la mise en place d’un système d’alerte, de détection et de riposte efficaces. Une des conséquences redoutables est que ces maladies évoluent souvent pendant longtemps, de manière silencieuse sans être reconnues, et occasionnent des dégâts humains considérables.

Par exemple, l’alerte de l’épidémie de FHV Ebola de Mweka de 2007 n’a été donnée que trois mois après le début réel de l’épidémie. Récemment, nous avons montré que près de trente pourcent des cas suspectés de Fièvre Jaune entre 2003-2012 par le réseau de surveillance national, sont en fait des cas d’hépatites A, B et C. Plus inquiétant, nous venons de documenter dans la Province Orientale, des cas de dengue, une arbovirose mortelle qui était considérée jusque là comme inexistante dans notre pays. Il est certes difficile de se prémunir contre l’émergence d’un problème infectieux nouveau ou changeant, que l’on ne connaît pas forcément. Cependant, la compréhension de l’émergence ou de la réémergence des agents infectieux, basée sur l’expérience des dernières décennies et les connaissances issues de la recherche sur les mécanismes moléculaires d’évolution des agents
infectieux, sur l’interaction de ceux-ci avec l’environnement, sur ses modifications et sur les comportements humains, peuvent permettre de définir la base de leur prévention et de leur contrôle. En outre, il convient de disposer d’une capacité de détection précoce des agents infectieux avant leur diffusion dans la population, de maîtrise et de prise en charge des émergences au niveau national. En tout premier lieu, une infrastructure de santé publique performante et réactive est indispensable et doit être couplée à une capacité de surveillance et d’investigation épidémiologique, clinique et microbiologique opérationnelle, à visée décisionnelle et mobilisable à tout moment. A ce propos, la création prochaine au sein de la Faculté de Médecine de l’Université de Kinshasa d’un Centre de Recherche et d’Etudes des Maladies Emergentes et Réémergentes (CREMER), qui viendra en appui aux structures déjà existantes (DLM, INRB, …), sera sans doute un élément de solution à ce fléau qui menace fortement notre pays.

Auteurs : Professeurs Steve Ahuka Mundeke et Jean-Jacques Muyembe Tamfum

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