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La chirurgie cardio-thoracique et vasculaire en RD Congo : premier bilan et perspectives d’avenir Cardiovascular surgery: local experience in Democratic Republic of Congo

.:: Auteurs : Nzomvuama A(1)(2), Nsiala MJ(3)(4)

1 Service de Chirurgie Thoracique, département de Chirurgie, Cliniques Universitaires de Kinshasa, RD Congo
2 Service de Chirurgie Cardiaque, Pôle Cardio-Thoracique, CHU Amiens, France
3 Département d’Anesthésie et réanimation, Cliniques Universitaires de Kinshasa, R D Congo
4 Clinique Chirurgicale Caron, 111 rue Caron 91200 Athis-Mons (France)

Résumé

Introduction
En novembre 2012, le premier congrès de l’AFMED-Unikin (Association des Amis et Anciens Étudiants de la Faculté de Médecine de l’Université de Kinshasa) avait été, entre autres sujets, l’occasion de nous interroger sur la faisabilité de la chirurgie cardiaque dans notre pays. Notre communication orale avait conclu que non seulement la chirurgie cardiaque est possible en République Démocratique du Congo, mais qu’elle est utile et nécessaire : possible parce que nous en avons acquis compétence et expérience et que nous sommes déterminés à contribuer à son développement dans notre pays. Utile et nécessaire, parce que la chirurgie cardiaque constitue une réponse à de réels problèmes de santé publique [1]. Dans un pays comme le nôtre avec plus de 70 000 000 d’habitants, plus de 20 000 enfants naissent chaque année avec une malformation cardiaque. Une majeure partie décède à plus ou moins brève échéance, faute de soins appropriés. Pour les adultes, se rajoutent aux malades porteurs de cardiopathies congénitales non opérées, les
cardiopathies acquises dans un contexte de changements de mode de vie qui favorisent l’émergence de nombreux facteurs de risque cardiovasculaire (surpoids, sédentarité, diabète, hypertension artérielle, dyslipidémie). En effet, comme pour tous les pays de l’hémisphère sud, l’épidémiologie de notre pays connaît un tournant marqué par l’émergence des maladies non transmissibles, dont principalement les maladies cardio-vasculaires [2].

Pour les adultes comme pour les enfants, le traitement chirurgical est possible et réalisable sur place, au Congo. Il est légitime que pour un pays comme le nôtre qu’au moins un projet de centre de chirurgie cardiaque, si pas plus, puisse se développer. Nous voulons développer la chirurgie cardiaque dans notre pays pour :

1. répondre aux problèmes de santé publique que constituent aujourd’hui les pathologies cardio-vasculaires ;

2. élargir l’accès aux soins au plus grand nombre, particulièrement aux plus démunis qui n’auront jamais les moyens de se faire Ann. AAnfrn. .M Aefrd.. ,M Veodl..8, ,V No°l.2 8, ,M Na°r 2s ,2 M01a5r s. 2015 11991177 opérer à l’étranger ;

3. opérer les malades dans leur propre pays, près de leur famille et leur éviter l’expatriation dans des pays dont parfois ils ne parlent même pas la langue ;

4. améliorer la qualité et l’espérance de vie de ces patients ;
5. créer un cadre de formation sur place pour les équipes congolaises et un centre de recherche sur les pathologies cardio-vasculaires.

Bilan Le projet vise la prise en charge des patients souffrant de pathologies tant cardiaques, thoraciques que vasculaires. Ce projet a l’avantage d’apporter déjà la preuve de son intérêt et de sa faisabilité comme le montre le tableau I qui résume l’ensemble de notre activité depuis novembre 2012. Au total, 28 patients ont pu être opérés au cours des missions que nous avons conduites. Dans ce groupe, 16 patients (57%) avaient moins de 18 ans. La persistance du canal artériel a été la pathologie dominante (40,7%) de notre activité. Nos missions se sont limitées aux opérations ne nécessitant pas le recours à la circulation extracorporelle.

Difficultés Nos difficultés tiennent essentiellement à la logistique :

1. Toutes les missions organisées sont jusque-là entièrement à nos frais, ce qui limite notre capacité à faire davantage

2. Le dénuement des structures hospitalières

3. La pauvreté des patients : plus qu’un obstacle, cette situation est une motivation à persévérer pour ces patients qui n’auront jamais les moyens de s’expatrier pour les mêmes soins que nous pouvons leur apporter sur place.

Perspectives Notre objectif est la chirurgie cardiaque sous circulation extracorporelle aussi appelée chirurgie à coeur ouvert. Le besoin de ce type de chirurgie existe, mais nous ne disposons pas de données statistiques exhaustives. Les données instantanées recueillies auprès de 9 cardiologues (8 de Kinshasa et une du Kivu) en date du 9 et 10 septembre 2015 pour avoir une photographie des patients immédiatement en attente de chirurgie cardiaque font ressortir les résultats ci-dessous : – 207 patients sont en attente de chirurgie cardiaque dont 92 enfants pour des   cardiopathies congénitales, soit 44% – Les valvulopathies sont les maladies les plus dominantes, d’abord mitrales et aortiques ensuite. Cette photographie sous-estime les besoins réels. Elle ne reflète pas la réalité sur la ville de Kinshasa et encore moins sur tout le pays pour plusieurs raisons : -La grande majorité de malades ne sont pas diagnostiqués – Même diagnostiqués, beaucoup de malades décèdent faute de soins, d’autres arrêtent le suivi cardiologique faute de trouver une possibilité chirurgicale. Une infime partie de patients (ceux qui en ont les moyens) se font opérer à l’étranger À titre d’exemple, un des cardiologues interviewé estime que 1 voire 2 patients par semaine consultent pour une cardiopathie d’indication chirurgicale.

La pathologie coronaire reste encore une terra incognita. Aucun diagnostic de certitude ne peut être posé sur place, faute de coronarographie, examen non réalisable au pays à ce jour.  Références 1. Nzomvuama A. La chirurgie cardiaque à coeur ouvert. Est-ce possible en R D Congo. Communication au 1er congrès de l’AFMEDUnikin. Kinshasa, novembre 2012. 2. Dalal S, Beunza JJ, Volmink J, Adebamowo C, Bajunirwe F, Njelekela M et al. Noncommunicable diseases in sub-Saharan Africa: what we know now, International Journal of Epidemiology 2011; 40: 885-901. 11991188 Ann. AfAr.n Mn.e Adf.r,. VMoel.d 8.,, VNo°l .28,, MN°a2r,s .M 2a0r1s5 2 015 Tableau I : récapitulatif de notre activité de chirurgie cardio-thoracique et vasculaire de novembre 2012 à avril2015 Période Patients Diagnostic Traitement chirurgical Novembre 2012 H, 14 ans Poumon détruit sur corps étranger intrabronchique Pneumonectomie H, 45 ans Bronchectasie Bilobectomie (complément de pneumonectomie) Novembre 2013 F, 3 ans Persistance du canal artériel Triple Ligature F, 5 ans Persistance du canal artériel Ligature et section F, 16 ans Persistance du canal artériel Triple Ligature H, 46 ans Fistule bronchique Fermeture Février 2014 H, 40 ans Ischémie subaiguë de membre inférieur Thrombo-embolectomie Mai 2014 F, 11 mois Persistance du canal artériel Ligature et section H, 3 ans Persistance du canal artériel Double ligature F, 4 ans Persistance du canal artériel Ligature et section H, 6 ans Persistance du canal artériel Double ligature F, 15 mois Persistance du canal artériel Double ligature Février 2015 H, 27 ans Rupture hémicoupole diaphragmatique gauche Fermeture Avril 2015 F, 8 mois Persistance du canal artériel Triple Ligature H, 3 ans Empyème et pachypleurite Drainage et décortication pleurale F, 14 ans Empyème et  pachypleurite Drainage et décortication pleurale F, 19 ans Empyème et pachypleurite Drainage et décortication pleurale F, 39 ans Mal de Pott T9-T10 et abcès Mise à plat drainage et greffe costale H, 49 ans Adénocarcinome thyroïdien étendu au médiastin Exérèse partielle H, 70 ans Aspergillome pulmonaire et pachypleurite Mise à plat drainage, décortication pleurale H, 47 ans Adénocarcinome lobe pulmonaire inférieure gauche Lobectomie et curage ganglionnaire F, 50 ans Péricardite constrictive Péricardectomie H, 25 ans Péricardite constrictive Péricardectomie

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