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Pandémie à COVID-19, défis et réponses pour l’Afrique / COVID-19 pandemic, challenges, and responses for Africa

Professeur Jean-Marie Kayembe Ntumba

Rédacteur en Chef

Annales Africaines de Médecine

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La COVID-19, dont l’agent étiologique, le SARS-CoV-2 a été identifié pour la première fois à Wuhan en Chine depuis septembre 2019, s’est répandu à travers le monde à une vitesse vertigineuse. L’OMS a déclaré la pandémie mondiale, depuis Mars 2020. Le premier cas sur le continent africain a été diagnostiqué en Egypte en février 2020,  et en R D Congo, le 10  Mars. Le monde entier est confronté à ce nouvel agent pathogène pour lequel, les mécanismes étiopathogéniques et immunologiques  sont loin d’être parfaitement élucidés à l’heure actuelle. La plupart des candidats médicaments proposés pour le traitement, sont issus d’essais cliniques, souvent observationnels, indiqués à titre compassionnel. Des conflits d’intérêts de diverses natures ont  envahi le monde de la recherche médicale, avec pullulation de travaux scientifiques ne respectant pas toujours les règles d’éthique et de morale. La gestion et la réponse à la pandémie est multiple et variée, en fonction des écosystèmes et du niveau de développement socio-économique à l’échelle mondiale. Avec à l’heure actuelle, plus de 45 millions des cas confirmés, et près de 1,5 millions de décès, la répartition des cas est totalement différente à travers le monde.

L’Afrique apparaît à l’heure actuelle, le continent le moins touché par la pandémie, avec une contribution de 3.905.936 cas cumulés (sur 115.164.685 cas cumulés dans le monde entier, soit 3,3 %) au 3 mars 2021 et de 104.012 cas respectivement, par rapport au nombre global des cas infectés et des décès. L’Afrique du Sud est en tête du peloton, alignant 45 % des cas infectés, et participant à 2,6 % au taux global  de létalité.

A quoi tiennent ces disparités, en dépit de la faiblesse des systèmes de santé dans cette partie du globe ?

De nombreuses théories évoquent notamment : la jeunesse de la population et par conséquent, un risque moindre de comorbidités, dont l’effet péjoratif sur la létalité est connu. Les conditions climatiques et d’hygrométrie différentes,  qui contribueraient à la  mitigation de la propagation du virus, favorisée par des températures avoisinant 10° C ont également étaient évoquées. Le mode de vie surtout en milieu extérieur, contrairement au cloisonnement en intérieur dans les régions tempérées et hivernales, impacte négativement sur la dissémination et la propagation des particules virales. Sans preuve formelle à l’échelle continentale, quelques études éparses, souvent non publiées,  retrouvent des prévalences  sérologiques anti-SARS-CoV-2  autour de 20 % (enquête INRB non publiée). Cette situation suggère la possibilité d’une immunité croisée avec d’autres coronavirus ou d’autres pathogènes, prélude à l’immunité communautaire. La protection génétique a également été évoquée à travers la prévalence du gène de Neandertal, prédominant dans l’hémisphère Nord et facilitant la susceptibilité à l’infection. La plupart des pays en Afrique Subsaharienne ont adopté, souvent par pragmatisme,  le repositionnement des molécules anciennes longtemps utilisées dans d’autres affections, dont l’hydroxychloroquine, la colchicine…, d’accessibilité facile, et dont l’efficacité a été diversement rapportée dans la littérature. La flexibilité et l’humilité demeurent la pierre angulaire, à la lumière des publications nombreuses dans ce domaine à travers la planète.

Parmi les défis à surmonter figurent : la faiblesse du dépistage de masse et du diagnostic, par le manque d’expertise à grande échelle, des outils de biologie moléculaire. Le diagnostic repose sur la détection du virus par la RT-PCR, sur des écouvillons naso-pharyngés. A ce défi du diagnostic, s’ajoutent ceux de la logistique de riposte, aggravés par la carence en ressources humaines de première ligne. La faiblesse de l’organisation des systèmes de santé (absence de sécurité sociale) affecte très sérieusement la riposte dans les pays en développement, souvent dépourvus d’infrastructures basiques de prise en charge des sujets en détresse vitale, et de personnel qualifié pour les unités de réanimation. Les défis socio-économiques assombrissent davantage le tableau, avec des régions au revenu per capita parmi les plus bas au monde.

Un plaidoyer pour le déploiement des outils de production et de livraison d’oxygène, ainsi qu’en équipement de laboratoire d’orientation pronostique (D-Dimères, ionogramme, Procalcitonine) et d’imagerie médicale (Tomodensitométrie) se positionne comme une ultime urgence.

La plupart de pays en Afrique Subsaharienne (ASS), n’en sont pas à la gestion de leur première épidémie ; la région fait régulièrement face à des épidémies récurrentes de la maladie à Virus Ebola en guise d’exemple, qui minimise l’effet de la surprise quant à la riposte devant les épidémies nouvelles. Le continent, quoiqu’à  des vitesses différentes,  a pu  s’inspirer des succès et des erreurs des pays les premiers touchés. Toutefois, la  faible documentation  des épidémies ainsi que du partage des expériences affectent également le succès dans la gestion de la maladie. Les différences régionales, socio-culturelles, économiques et dans les comportements des populations, sont autant d’indicateurs dont il faudra tenir compte dans la riposte contre la pandémie de la COVID-19 en Afrique. La riposte revêt une dimension multisectorielle, justifiant l’implication de tous les acteurs de la vie nationale. La communication, fondée sur l’implication des relais communautaires est une approche de facilitation, éprouvée notamment dans la gestion des épidémies d’Ebola en Afrique de l’ouest et en Afrique centrale. Des mesures barrières, parmi lesquelles, la distanciation sociale et le confinement, sont d’application difficile dans nos régions où les conditions socio-économiques relèvent de la débrouillardise au quotidien. Il importe donc de penser des modèles comportementaux efficaces et faciles d’adaptation pour une adhésion populaire massive. Il n y a pas de modèle parfaitement transposable, dans cette nouvelle pathologie qui invite à la solidarité, dans l’humilité.

Parmi les opportunités à sa portée, l’ASS bénéficie de l’organisation politique autour de l’Union Africaine qui s’approprie la riposte anti-COVID-19 parmi les objectifs actuels, en mettant un accent sur la recherche et le développement des phytomédicaments. Leur développement exige cependant de se fier aux règles d’éthique et de recherche scientifique dans ce domaine. La gestion de la crise au niveau communautaire est un atout non négligeable susceptible de contribuer au renforcement des systèmes de santé.

Au niveau mondial, la prévention de la pandémie est dominée par le développement rapide des vaccins, déjà en utilisation dans plusieurs pays nantis. A l’heure actuelle, plus de 20 types de vaccins ont atteint ou dépassé la phase III  d’efficacité et sécurité, certains ayant même déjà obtenu l’autorisation d’administration. Le choix  rationnel d’un vaccin exige dès lors des concertations entre différentes expertises nationales et/ ou internationales.

L’accès à ces derniers est limité en ASS, pour des raisons de logistique (Conservation à -80°) et de coût.

Les campagnes de vaccination doivent être précédées par une communication responsable et bien ciblée, en vue de briser les nombreuses barrières socio-culturelles et religieuses,  qui risquent de limiter l’adhésion populaire.

Les connaissances sur le SARS-CoV-2 sont en constante évolution, mais le virus impacte différemment le comportement et le devenir de l’humanité. Nous devons apprendre à vivre avec lui ; loin d’être une fatalité, une démission, cet état de chose connaîtra une évolution dans un sens ou un autre, en fonction de notre comportement comme individu, et des décisions que prendront les gouvernements quant à la gestion responsable et rationnelle de la crise. Ensemble, et dans l’humilité, en échangeant régulièrement de nouvelles acquisitions tant sur la prévention, que sur le traitement de la COVID-19, nous pourrons espérer atteindre un niveau acceptable de contrôle. C’est dans ce contexte que le présent volume des Annales Africaines de Médecine propose trois articles sur la pandémie à COVID-19 à coté d’autres articles originaux et des cas cliniques vecus dans quelques formations hospitalières dans le continent africain.

COVID-19 pandemic, challenges and responses for Africa

Pandémie à COVID-19, défis et réponses pour l’Afrique

COVID-19, whose causative agent SARS-CoV-2 was first identified in Wuhan, China since September 2019, has spread across the world at an unbelievable speed and became a global pandemic, declared by the World Health organization (WHO), in March 2020. The first case on the African continent was diagnosed in Egypt in February 2020, and in DR Congo on March 10. The world is confronted to this pathogen, whose etiopathogenic aspects and immunological mechanisms are far from being fully understood at present. Most of the drugs used for treatment are suggested by observational clinical trials, and administrated on a compassionate basis. Conflicts of interest of all kinds have invaded the world of medical research, leading to a proliferation of scientific publications that do not comply with moral and ethical standards.

There are many and diverse ways to manage and respond to the pandemic, depending on ecosystems and the level of socio-economic development globally. With over 45 million confirmed cases today and nearly 1.5 million deaths, the distribution of cases is totally different around the world.

Africa is currently the continent least affected by the pandemic, with a contribution of  about 3.7 % and 2.6 % respectively, compared to the global number of infected cases and deaths. South Africa leads the pack, with 45 % of infected cases and 2.6 % of the overall case fatality rate.

What are the reasons for these disparities, despite the weakness of health systems in this part of the world?

Many theories have been put forward in particular: the youth of the population and therefore a lower risk of co-morbidities, whose pejorative effects on lethality are known. The different climatic and hygrometric conditions, which would contribute to the mitigation of the spread of the virus, favored by temperatures of around 10 ° C were also mentioned. The outdoor lifestyle, in contrast with indoor living in temperate and winter regions, has a negative impact on the dissemination and propagation of viral particles. Without formal proof at the continental level, a few scattered studies, often unpublished, find anti-SARS-CoV-2 serological prevalence of around 20 % (unpublished data from INRB survey). This situation suggests the possibility of cross-immunity with other coronaviruses or other pathogens, a prelude to community immunity. Genetic protection has also been evoked through the prevalence of the Neanderthal gene, predominant in the northern hemisphere and facilitating susceptibility to infection.

Most countries in sub-Saharan Africa have adopted, often by pragmatism, the repositioning of old molecules long used in other infections, in particular hydroxychloroquine, colchicine etc …, easily accessible, and whose effectiveness has been diversely reported in the literature. Flexibility and humility remain the cornerstone, in light of the large number of publications in this field across the planet.

Among the challenges to be overcome are: the weakness of mass screening and diagnosis, due to the lack of large-scale expertise, of molecular biology tools. The diagnosis is based on the detection of the virus by RT-PCR, on nasopharyngeal swabs. In addition to this diagnostic challenge, there are those of response logistics, compounded by the lack of frontline human resources. The poor organization of health systems (lack of social security) seriously affects the response in developing countries, which often lack basic infrastructure for the care of people in vital distress and qualified personnel for the intensive care units. Socio-economic challenges further cloud the picture, with some of the world’s lowest per capita income regions.

A plea for the deployment of oxygen production and distribution tools, as well as laboratory reagent and equipment for prognostic orientation (D-dimer, ionogram, procalcitonin) and medical imaging (computed tomography) is positioned as an ultimate emergency.

 

Most countries in sub-Saharan Africa (SSA) are not managing their first epidemic; the region is regularly confronted with recurrent epidemics of Ebola virus disease for example, which minimizes the element of surprise in the response to new epidemics. The continent, albeit at different paces, has been able to learn from the successes and mistakes of the first affected countries. However, the poor documentation of outbreaks as well as the sharing of experiences also affect the success of the disease management.

Regional, socio-cultural, economic and behavioral differences between populations are all indicators that must be taken into account in the response to the COVID-19 pandemic in Africa.

The response has a multisectoral dimension, justifying the involvement of all stakeholders in national life. Communication, based on the involvement of community health workers, is a facilitation approach, proven in particular in the management of Ebola epidemics in West and Central Africa. Barrier measures, including social distancing and confinement, are difficult to apply in our regions where socio-economic conditions are a matter of daily resourcefulness. It is therefore important to think of effective and easy-to-adapt role models for massive popular support. There is no perfectly transposable model in this new pathology which invites solidarity, humility.

Among the opportunities within its reach, SSA benefits from the political organization around the African Union which appropriates the anti-Covid-19 response among the current objectives, with an emphasis on research and development of phytomedicines. However, their development requires reliance on the rules of ethics and scientific research in this field. Managing the crisis at the community level is an important asset that can help strengthen health systems.

Globally, pandemic prevention is dominated by the rapid development of vaccines, already in use in several affluent countries.

To date, more than 20 types of vaccines have reached or exceeded the phase III evaluation of efficacy and safety, with some of them having even obtained authorization for administration. The rational choice of a vaccine therefore requires consultation between different national and / or international expertise.

Access to the latter is limited in SSA, for logistical reasons (storage at -80 ° C) and cost.

Vaccination campaigns must be preceded by responsible and well-targeted communication, with a view to breaking down the many socio-cultural and religious barriers that risk limiting popular support.

Knowledge about SARS-CoV-2 is constantly evolving, but the virus affects the behavior and future of humanity in different ways. We have to learn to live with it; far from being a fatality, a resignation, this state of affairs will evolve in one direction or another, depending on our behavior as individuals, and the decisions that governments will take in terms of responsible and rational management of the crisis.

Together, and in humility, by regularly exchanging new acquisitions both on the prevention and on the treatment of COVID-19, we can hope to achieve an acceptable level of control.

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